Alassane Ouattara

Famille

Il est le fils de Dramane Ouattara, enseignant et commerçant prospère, et de Hadja Nabintou Ouattara (née Cissé). Il descend de l’empereur Sékou Oumar Ouattara (1665-1745), premier roi de la dynastie des Ouattara de l’empire Kong, à cheval sur les actuels Mali, Ghana, Burkina Faso et Côte d’Ivoire.

En 1984, Alassane Ouattara, alors vice-gouverneur de la BCEAO à Dakar, rencontre Dominique Nouvian, femme d’affaires qui gère les propriétés immobilières du président ivoirien Félix Houphouët-Boigny et de son homologue gabonais Omar Bongo au sein du groupe Aici, ainsi que les franchises Jacques Dessange aux États-Unis. Il l’épouse le , à la mairie du XVIe arrondissement de Paris, entouré d’amis de longue date tels que Jean-Christophe Mitterrand et Martin Bouygues, notamment.

Son épouse est chrétienne, ce qui est admis par l’Islam, qui n’exige la conversion pour le mariage que des hommes.

Il est père de deux enfants, issus d’un premier mariage avec l’Américaine Barbara Jean Davis.

Carrière d’économiste

Inscrit à l’Institut de technologie de Drexel puis à l’université de Pennsylvanie grâce à l’obtention d’une bourse, il obtient en 1967 un master en économie. Entré en tant qu’économiste au Fonds monétaire international (FMI) l’année suivante, il poursuit ses études et obtient un doctorat d’État en sciences économiques en 1972.

Un an plus tard, il intègre la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), dont il est vice-gouverneur de 1983 à 1984. Il retourne ensuite au FMI pour y occuper les fonctions de directeur du département Afrique à partir de , après quoi il devient, en , gouverneur de la BCEAO10.

Carrière politique

Premier ministre (1990-1993)

Le , il est appelé pour résoudre la crise financière provoquée par la chute des cours des matières premières et par le poids de la dette extérieure, en tant que président du Comité interministériel de la coordination du programme de stabilisation et de relance économique. Il est ensuite nommé Premier ministre, fonction créée à la suite d’une modification de la Constitution, le . Quelques jours plus tard, se tiennent les premières élections législatives multipartites, qui sont remportées par le Parti démocratique de Côte d’Ivoire, ancien parti unique dont est membre Alassane Ouattara.

Comme Premier ministre, il mène une politique de rigueur budgétaire qui est durement ressentie par la population. Mais le programme de stabilisation et de relance économique qu’il met en œuvre (réduction des dépenses, élargissement de la base taxable, privatisations…) finit par assainir les finances publiques et redonner confiance aux bailleurs de fonds[réf. nécessaire]. En outre, il crée la carte de séjour pour les travailleurs étrangers. Pendant cette période, le chef de l’opposition Laurent Gbagbo est condamné à deux ans de prison le , puis libéré le 31 juillet suivant.

Le président Félix Houphouët-Boigny, « père » de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, étant gravement malade, les convoitises se multiplient entre ses différents « héritiers » potentiels. Alassane Ouattara, qui assure l’essentiel du pouvoir du fait des hospitalisations à l’étranger du président, est écarté par la modification constitutionnelle de 1990 qui prévoit que le président de l’Assemblée nationale, en l’occurrence Henri Konan Bédié, assure l’intérim en cas de décès du chef de l’État. Le , Alassane Ouattara prononce à la Radiotélévision ivoirienne une allocution dans laquelle il annonce la mort de Félix Houphouët-Boigny et déclare que « la Côte d’Ivoire est orpheline ». Il donne sa démission deux jours plus tard, après quoi le président de la République par intérim, Henri Konan Bédié, nomme Daniel Kablan Duncan au poste de Premier ministre.

Présidence d’Henri Konan Bédié (1993-1999)

Après avoir quitté ses fonctions de chef du gouvernement, Alassane Ouattara entame une « traversée du désert » et devient, en , directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI) : il est le premier Africain à occuper une fonction de cette importance au sein de l’institution internationale. Il a sous sa responsabilité plus de 80 pays et remplace le directeur général, Michel Camdessus, lorsqu’il est absent.

En , l’Assemblée nationale vote une modification du code électoral qui prévoit notamment que nul ne peut être élu président de la République s’il « n’est Ivoirien de naissance, né de père et mère eux-mêmes Ivoiriens de naissance », s’il n’a pas résidé de façon continue en Côte d’Ivoire pendant les cinq années qui précèdent le scrutin ou encore s’il a la nationalité d’un autre État11. Le développement du concept d’« ivoirité » vise ainsi à empêcher la candidature d’Alassane Ouattara, dont les opposants affirment que le père est d’origine burkinabé et qui est par ailleurs domicilié à Washington en tant que directeur général adjoint du FMI. Des haines ethniques et des violences politiques éclatent alors en Côte d’Ivoire. Le président Bédié refusant de faire modifier le code électoral, Alassane Ouattara renonce à se présenter et le « Front républicain », alliance entre le Front populaire ivoirien de Laurent Gbagbo et le Rassemblement des républicains de Côte d’Ivoire qui soutient Alassane Ouattara, décide de boycotter l’élection12. Finalement, Henri Konan Bédié est élu le 22 octobre 1995, avec 96,44 % des suffrages.

Alassane Ouattara quitte ses fonctions de directeur général adjoint du Fonds monétaire international le pour effectuer son retour en politique. Le lendemain, lors d’un congrès se déroulant au palais des Sports de Treichville, il est désigné par ses partisans, désormais nombreux dans le pays, président du Rassemblement des républicains (RDR)13, parti centriste et libéral fondé par le député Djéni Kobina cinq ans auparavant. Il annonce alors son intention de se présenter à l’élection présidentielle de 2000 et estime bénéficier d’une « parfaite éligibilité » en remplissant les conditions requises « en matière de nationalité, de filiation et de résidence ». Mais le pouvoir en place lance contre lui un mandat d’arrêt pour « faux sur l’identité et usage de faux documents administratifs », ce qui le pousse à s’exiler en France de septembre à .

Comité national de Salut public (1999-2000)

À Noël 1999, une mutinerie éclate à Abidjan. Le général Robert Guéï prend la tête du mouvement, qui se transforme en coup d’État contre le président Henri Konan Bédié. Alors que les prisonniers politiques sont libérés, Alassane Ouattara, qui comme Laurent Gbagbo parle de « révolution des œillets », rentre de son exil le . Robert Guéï installe un gouvernement de transition, composé de militaires et de civils. Une commission consultative est formée par les militaires, avec des représentants de tous les partis, pour rédiger une nouvelle Constitution qui doit être soumise au vote de la population dans les plus brefs délais.

Les propositions de cette commission en matière de conditions de nationalité pour se présenter à la présidence de la République ne constituent pas un assouplissement par rapport à celles de la Ire République : seuls peuvent se présenter les Ivoiriens nés de père et de mère eux-mêmes ivoiriens d’origine. Des tensions ont alors lieu et débouchent en sur le départ du gouvernement des ministres RDR, qui y étaient majoritaires depuis le coup d’État. Alassane Ouattara, officiellement investi candidat du RDR le , voit alors, tout comme treize autres personnalités politiques, sa candidature à l’élection présidentielle écartée par la Cour suprême, qui estime qu’il est de « nationalité douteuse » au vu de la nouvelle Constitution, adoptée par référendum en 14.

Cette situation provoque des troubles qui font de nombreuses victimes dans le pays, à l’instar du célèbre « charnier de Yopougon », dans lequel sont entassés 57 cadavres de partisans supposés de Ouattara15,16. Cette découverte intervient quelques jours après une élection contestée qui a porté Laurent Gbagbo à la tête de la Côte d’Ivoire et au lendemain d’affrontements violents entre partisans du parti du président élu et militants du RDR qui ont envahi les rues d’Abidjan pour réclamer la tenue d’un nouveau scrutin16.

Opposant à Laurent Gbagbo (2000-2011)

Quelques semaines plus tard, la candidature d’Alassane Ouattara, qui souhaite se présenter aux élections législatives dans la ville de Kong, est encore rejetée par la Cour suprême, alors qu’elle avait été jugée recevable par la Commission électorale. Le RDR décide alors d’organiser une manifestation, qui est réprimée, et de boycotter ces élections. Alassane Ouattara se réfugie à nouveau en France en , et le Rassemblement des républicains acquiert une assise politique de plus en plus importante dans le pays : lors des élections municipales de mars 2001, le RDR remporte ainsi 64 communes contre notamment 59 pour le PDCI et 33 au FPI du président Gbagbo. Alassane Ouattara revient en Côte d’Ivoire le pour participer au « Forum pour la réconciliation nationale », journées d’écoutes et de dialogues réunissant les principaux responsables politiques du pays, organisé par Laurent Gbagbo sous la pression de la communauté internationale. Une rencontre visant à garantir le retour à la paix et à la stabilité est organisée le , à Yamoussoukro, entre les dirigeants des quatre principaux partis politiques de Côte d’Ivoire : le RDR (Alassane Ouattara), le PDCI (Henri Konan Bédié), le FPI (Laurent Gbagbo) et l’UDPCI (Robert Guéï). Elle aboutit à dix recommandations, qui, tout comme les résolutions prises au Forum pour la réconciliation nationale, ne seront jamais appliquées.

Le a lieu une tentative de coup d’État militaire des rebelles du Nord, de manière simultanée à Abidjan, Bouaké et Korhogo. Ce putsch est utilisé comme prétexte par le pouvoir pour se débarrasser d’opposants, tels que l’ancien chef d’État Robert Guéï12. Le 20 septembre, Alassane Ouattara manque de peu d’être assassiné : alors que sa propriété, située sur les bords de la lagune Ébrié à Cocody, est incendiée et pillée par les partisans de Laurent Gbagbo (« escadrons de la mort »), il escalade avec son épouse le mur qui sépare sa résidence de l’ambassade d’Allemagne et s’y réfugie17,2. À partir de cette date, une rébellion qui dit soutenir Alassane Ouattara occupe la moitié nord du pays. S’estimant menacé à Abidjan, celui-ci prend deux mois plus tard le chemin de l’exil vers le Gabon puis vers la France le mois suivant.

Alassane Ouattara signe les accords de paix de Linas-Marcoussis (), d’Accra II () puis III (), afin de mettre un terme à la crise politico-militaire. En , une médiation menée par le président sud-africain Thabo Mbeki pousse Laurent Gbagbo à accepter la candidature d’Alassane Ouattara à l’élection présidentielle prévue en octobre suivant18. L’élection est néanmoins repoussée, officiellement pour des retards dans les préparatifs. Le , Alassane Ouattara revient en Côte d’Ivoire, après trois ans d’exil en France, pour mener campagne en vue du scrutin présidentiel à venir19,20. Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et le chef de la rébellion Guillaume Soro se rencontrent le puis le 5 septembre suivant, à Yamoussoukro, pour tenter de relancer le processus de paix. Le , conformément à l’accord de Ouagadougou, qui vise à ramener la paix et à réunifier le pays, le chef des Forces nouvelles Guillaume Soro est nommé Premier ministre.

Élection présidentielle de 2010

Article détaillé : Élection présidentielle ivoirienne de 2010.

Après avoir été repoussée à six reprises par Laurent Gbagbo, l’élection présidentielle a finalement lieu à la fin de l’année 2010. Quatorze candidats sont en lice. Au premier tour, le 31 octobre, Alassane Ouattara obtient 32,07 % des voix et se place en deuxième position, derrière le président sortant, Laurent Gbagbo, qui rassemble 38,04 % des suffrages. Le 7 novembre, Alassane Ouattara obtient le soutien d’Henri Konan Bédié, arrivé en troisième position avec 25,24 % des voix, puis est investi trois jours plus tard candidat du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), alliance des quatre principaux partis d’opposition.

Lors du second tour, qui se déroule le , le taux de participation s’élève à 81,1 %. Les deux camps s’accusent d’avoir empêché le vote d’électeurs dans certaines régions. Le 2 décembre, les résultats donnés par la Commission électorale indépendante, qui n’est cependant pas habilitée à prononcer les résultats définitifs, donnent Alassane Ouattara vainqueur avec 54,10 % des voix. Ce même jour, le Conseil constitutionnel, composé presque exclusivement de partisans de Laurent Gbagbo12, invalide ces résultats et, le lendemain, proclame le président sortant réélu avec 51,45 % des suffrages21 en invalidant les résultats dans sept départements du Nord (soit 13 % des votants) sous prétexte de fraudes. La représentante de la diplomatie de l’Union européenne, Catherine Ashton, et le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, considèrent pour leur part que le vainqueur de l’élection est Alassane Ouattara22. Les présidents français Nicolas Sarkozy et américain Barack Obama, puis la quasi-totalité de la communauté internationale, appellent dès lors Laurent Gbagbo à quitter le pouvoir23,24.

Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo prêtent tous les deux serment le 25. Alassane Ouattara reconduit alors le Premier ministre Guillaume Soro dans ses fonctions, après que celui-ci a reconnu son élection et lui ait remis sa démission. Laurent Gbagbo nomme de son côté Gilbert Marie N’gbo Aké au poste de Premier ministre.

Tensions après le scrutin

Article détaillé : Crise ivoirienne de 2010-2011.

Avec son gouvernement, ses conseillers et ses proches, Alassane Ouattara est reclus à l’Hôtel du Golf, assiégé par les forces de Laurent Gbagbo2. Refusant initialement le recours à la force pour faire quitter le pouvoir au président sortant2, il obtient le soutien de nombreux États étrangers, ainsi que celui d’instances économiques et financières tant régionales (Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest) qu’internationales, et parvient à paralyser l’économie et assécher les finances de l’État ivoirien, notamment les zones encore contrôlées par son adversaire26.

Cette situation ne satisfait néanmoins aucun des protagonistes ; Alassane Ouattara concède alors que « les voies pacifiques sont épuisées »27. Début mars, la tension gagne l’ouest du pays, où les Forces nouvelles prennent le contrôle de nouveaux territoires. Le 28 mars, une vaste offensive des forces pro-Ouattara, rebaptisées Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), est lancée : en quelques jours, celles-ci prennent notamment le contrôle de la capitale politique Yamoussoukro et du stratégique port de San-Pedro, puis se dirigent vers Abidjan. Les FRCI y entrent sans rencontrer de réelle résistance, l’armée régulière et la gendarmerie se rangeant aux côtés d’Alassane Ouattara. Laurent Gbagbo et son épouse se retranchent dès lors dans la résidence présidentielle, protégés par un dernier carré de fidèles qui, le avril, attaquent au mortier l’Hôtel du Golf dans lequel réside Alassane Outtara. La résidence présidentielle est assiégée jusqu’à ce que Laurent Gbagbo soit arrêté, avec son épouse Simone, le . Conduit à l’Hôtel du Golf, il est transféré deux jours plus tard à Korhogo (nord de la Côte d’Ivoire).

Président de la République (depuis 2011)

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