Paul Biya

D’ethnie béti, Paul Barthélemy Biya’a Bi Mvondo voit le jour dans un village du sud, en pleine forêt équatoriale, une zone placée sous contrôle français, le Cameroun étant alors un « territoire sous mandat de la Société des Nations ». Il est le fils d’Anastasie Eyenga Ellé et d’Étienne Mvondo Assam, un catéchiste qui voit en lui un futur prêtre et l’oriente d’abord à l’Ecole catholique de Nden, puis aux Séminaires d’Édéa et Akono . En 1961, il contracte un premier mariage avec Jeanne-Irène Biya, morte en 1992. Franck Emmanuel Biya est leur unique fils.

Paul Biya épouse en secondes noces Chantal Pulcherie Vigouroux dont il adopte ses deux enfants, issus d’une précédente relation. De ce mariage naissent Paul Junior Biya et Anasthasia Brenda Eyenga (« Brenda »), qui serait née en 1999.

Après des études secondaires au lycée Général-Leclerc à Yaoundé, il passe successivement, à Paris, par le lycée Louis-le-Grand, l’université de la Sorbonne, l’Institut d’études politiques, où il obtient une licence en droit public en 1961, et l’Institut des hautes études d’outre-mer.

Dès 1962, il est chargé de mission à la présidence de la République dans le gouvernement du président Ahmadou Ahidjo. En 1968, il est nommé ministre secrétaire général à la Présidence, puis, en 1975, Premier ministre d’Ahidjo. Il devient président de la République le après l’annonce radiodiffusée par le président Ahidjo de sa démission le .

Le , une tentative de coup d’État est perpétrée contre le nouveau régime de Paul Biya. Pendant près d’une semaine des combats opposent l’armée, restée fidèle, à la garde présidentielle, composée d’hommes du Nord. Les mutins de la garde présidentielle sont exécutés. À la suite de ces événements, Paul Biya change d’orientation politique alors qu’il est encore entouré des anciens caciques de l’ex-président, souvent originaires du nord du pays.

Au début des années 90, les opérations de désobéissance civile baptisées « Villes mortes », les émeutes mais aussi l’opinion internationale le poussent à accélérer la mise en œuvre de la démocratie et notamment du multipartisme.

En 1992, lors des premières élections multipartites, il est officiellement donné vainqueur face à John Fru Ndi avec un léger avantage. Le principal rival, l’opposition ainsi qu’une certaine opinion contestent encore à ce jour ce résultat.En 1990, Michel Lévêque, directeur d’Afrique au Quai d’Orsay, rédigeait un rapport confidentiel intitulé Les Relations de la France avec les pays en développement, rapport qui met en évidence le pluralisme de façade dans certains pays africains dont le Cameroun. Un politique camerounais a d’ailleurs à ce sujet parlé de « Dictature conviviale ». La paix étant présentée au peuple comme un concept quasiment à l’opposé du plein exercice des libertés d’expression et de manifestations démocratiques.

Louis-Tobie Mbida séquestré à Mvolyé alors qu’il tente d’organiser une réunion politique le .

Le , exemple parmi ben d’autres, les services de sécurité du régime se font remarquer en séquestrant Louis-Tobie Mbida, homme politique pourtant de bien moindre influence, dans un bâtiment appartenant à l’Église catholique.

On reproche aussi à Paul Biya un absentéisme néfaste au fonctionnement de l’Etat, n’ayant organisé que 4 conseils des ministres en 1993, par exemple, et se montrant constamment injoignable. Le Cameroun constitue cependant 60 % du PNB de l’ancienne Afrique-Équatoriale française, ce qui peut expliquer la tolérance de la France face aux faiblesses affichées du président Biya.

Depuis 1992, il a successivement remporté l’élection présidentielle en 1997, en 2004 puis en 2011. L’opposition et la communauté internationale ont émis de nombreux doutes sur la validité des résultats de chacune de ses élections. Les doutes ont notamment portés sur la transparence de chacune des élections.

Paul Biya et le secrétaire d’État américain Colin Powell, le à New York.

Le , il est reconduit pour un nouveau septennat après vingt-deux ans passés à la tête du pays, face à une opposition divisée, à l’issue d’un scrutin sujet à caution.

En , lors de son discours de fin d’année à la nation, il annonce son intention de modifier la Constitution qui limite alors le mandat présidentiel à deux exercices. Pour ce faire, il doit changer la loi 6.2 de la constitution en vigueur qui limite les mandats présidentiels. Il compte sur la majorité absolue que son parti possède à l’Assemblée nationale. Cette déclaration soulève beaucoup de remous au sein des populations et des partis politiques.

En , le rapport de CCFD-Terre Solidaire Biens mal acquis, à qui profite le crime ? revient sur les dépenses pharaoniques du président camerounais, et sur sa fortune familiale Le 25 novembre 2010, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour « recel de détournements de fonds publics » sur Paul Biya, à la suite d’un dépôt de plainte par l’association Union pour une diaspora active (UDA) 23 jours plus tôt1. Selon Issa Tchirouma, porte-parole du gouvernement camerounais, « le président de la République du Cameroun n’est comptable que devant son peuple… Il n’a pas à répondre à ces accusations en France », et dénonce une tentative de manipulation médiatique par des partis de l’opposition pour décrédibiliser le président à l’aube des élections présidentielles de 2011.

La lutte contre la corruption a fait l’objet de nombreuses initiatives sous le règne de Paul Biya, avec notamment la mise sur pied en 2006 de l’Opération épervier. Une opération judiciaire anti-corruption qui s’est illustrée par l’arrestation de très hauts fonctionnaires de l’État, mais aussi de ce fait même a éveillé des soupçons de manipulation, le régime étant soupçonné d’en user pour écarter ou sanctionner des concurrents, des compagnons de route infidèles ou encombrants. Le succès mitigé de l’opération pourrait aussi s’expliquer par la quasi-impossibilité de récupérer les fonds détournés des établissements financiers étrangers qui les accueillent

Si de nombreuses organisations, telle qu’Amnesty International, ont critiqué le régime de Paul Biya, accusé de restreindre les libertés fondamentales des Camerounais et de commettre des violations des droits de l’homme, le pays connait en revanche ces dernières années quelques changements positifs,en termes de constructions et de grands chantiers, notamment dans les domaines routiers et énergétiques.

Il est officiellement réélu le , avec 77,9 % des voix (3 772 527, avec un taux de participation de 65,82 %). Sept candidats ont contesté le scrutin du , considérant qu’il y avait eu des fraudes, mais la Cour suprême a rejeté le un appel destiné à l’annuler. L’ambassadeur des États-Unis au Cameroun Robert Jackson a également dénoncé des « irrégularités à tous les niveaux ».

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